Avant que de partir je me lègue à moi-même/Pour faire de ce site un asile hanté./Heureux qui comme moi, pressent dans ce qu'il aime/ La forme et la couleur de son éternité. Germaine Beaumont

Prière



Aba

Qu'enfin tout soit fini
ne me renvoie plus sur terre.
Regarde
vois mon âme n'est plus encombrée
lourde de la chair
ne reste de Moi qu'un fil de verre
où s'enroule ta Lumière.

Je ne crois plus en toi, j'ai traversé l'enfance
et les contes de fées,
j'ai déconstruit, j'ai simplifié,
effacé tous les mots des hommes
pour retrouver la nudité.

Je suis à nouveau dans la vibration
du monde, ta respiration initiale.

Aba

Quand je serai passée,
Ne me renvoie pas
Je t'en prie.


2018

Battements







Je regarde ce monde
Et je me ferme.
Je lis tes mots
Et je m’ouvre.
L’horreur me renverse d’horreur
Alors je me referme.
Puis tes mots me prennent, m’attrapent
par les poignets, les chevilles,
la taille, le bout du cœur, par les oreilles
et me ramènent doucement, à l’amour.
Alors je m’ouvre et me déroule
Me déploie, m’épanouis ample
Comme un soleil pentapétale.

Ainsi battent mes heures
Tel un cœur noueux
Entre ombre et lumière
Entre bonheur et douleur
Dans ton sourire et dans tes yeux.



2013



Après une lecture de Christian BOBIN

Lumière matin







La vie est belle, la vie est moche
La vie est un miracle, un miracle qui cloche
Parfois, souvent
On ne voudrait voir que les arbres
Feuillées de sistres, jouets de vent
Ce serait si facile d'oublier les cadavres
Couchés devant.
Les roses poussent du fumier ras les dents,
Pourtant elles sont belles, les abeilles boivent dedans.
Le laid et le beau, le noir, le blanc
L'amour et la haine, s'affrontent tout le temps.
Étrange ce monde où grouille le vivant
Sans cesse à la peine, ivre de son néant
Et que le mouvement entraîne toujours plus loin devant
Oubliant que tout saigne sur les roses, pourtant...




2007

Vive la Vie




On peut être foutrement heureux
dans la seule compagnie du ciel, des arbres
et de soi-même...


2009 

Savane







Minuit. L’air étouffe sous la poigne de l’été
Des guépards électriques et véloces
Courent dans l’herbe jaune des crêtes de nuage,
A la poursuite d’un troupeau noir de gnous,
Egarés de terreur, bientôt acculés
Aux remparts infranchissables de la montagne.
Et la peur pressant leur chair jusqu’au cœur
Tombent enfin les premières gouttes de sueur
Sur la savane hirsute des tours surchauffées….


2007

Phénix








Certain soirs
Quand l’immense fatigue, entre ses mâchoires me broie
Qu’elle ne laisse rien du soleil, juste des pluies dans ma chair
Je me dis qu’il faut que tout s’arrête-là.
Alors, je me quitte et voyage
Tentant de trouver après les au-delà, la chaleur d’une braise,
Même juste une étincelle de mes anciennes forges
Pour me bouter le feu, renaître encore une fois.


2009

Froid dans le dos




Tu étais là
comme deux ailes
entre mes épaules
avant la Porte
l'arrachement de la naissance.

Tu en as perdu la mémoire.

J'en ai retrouvé peu à peu
l'effroi.

C'est un sel dans ma bouche,
un déséquilibre quand je marche,
une absence de poids dans le réel
pour n'y poser rien qu'un pas.

Il me faut vivre connaissant
ton absence,
marcher bancale et blessée
en attendant l'autre monde
où nous serons ré-assemblés.


2016
Choi Xooang

La Cerise sur le Prunier






J’ai beaucoup observé
Du creux de mon enfance, avec curiosité
Et la tête penchée.

Même en bande j’étais solitaire, la cerise sur le prunier
Le coquelicot dans les blés, j’étais sans cesse à la traîne
En arrière, à côté.

Je n’étais pas comme eux,
J’avais dix siècles de silence au fond des yeux.

Je riais, je jouais, j’avais l’air d’un papillon
Que même l’air ne touche pas
Mais je portais déjà la gravité des jours
Posée en travers de l'âme
Comme un bât.


2009

Cantal







Auvergnats!
J'ai laissé hier dans votre vert pays
la part la plus brillante de mon être
je vous ai laissé mon fils chéri.
J'ai laissé derrière moi la moitié de mon coeur
et aujourd'hui je ne bats plus qu'à demi.
Dans vos terres soulevées de volcans
j'ai niché mon fils, mon petit,
si jeune encore dans ses vingt ans.
Pour la première fois ma famille,
le soleil autour duquel je tourne
-et qui me garde en vie-
est écartelée, ses membres dispersés.
Il y a des centaines de kilomètres
et tant de longues heures, entre mes bras et Lui.
Auvergnats, votre pays est beau
j'espère vos âmes jolies,
généreuses et accueillantes à mon petit.
Car à cette heure c'est chez vous qu'il s'éveille
et sourit...


2011

Cantal







Paysages de paix posés dans l'immobilité du Temps.
Vert Cantal
aux hameaux gris doux lovés dans leurs écrins sylvestres.
Forêts, forêts,
hachées de pâturages calmes où paissent les bêtes.
Maisonnettes de contes, coiffées de lauzes en cornettes
aux petits yeux de petites fenêtres.
Pays froid, pays doux, pays d'eau et de lait
pays étincelant et modeste,
hérissé de croix et de Vierges,
tu as perché ta foi au plus près de ton Dieu,
et hissé tes églises tout au bout des cheminées
qui témoignent de l'ardeur de ta terre.
Tes vallées intimes sinuent entre tes volcans assagis
succession de paisibles beautés où le sourire s'étire
et le regard se perd.
Cantal, vert Cantal
enchantement pur sous un ciel grand ouvert.
Profusion des parfums nobles d'une nature claire,
senteur vive des sapins, sensuelle des sous-bois,
et celle rude aux nez citadins, des vaches et des chèvres.
Cantal, vert Cantal, je t'adopte
transforme en amour mon chagrin
et par mon fils, je te fais mien.


2011

Muse à louer







Cherche Muse.
Cherche un prince, un gueux, un ciel
Un bretteur de moulins, une étoile
Même petite
Mais qui luise fort dans ma nuit bleu marine.
Cherche un monsieur loyal
Un paladin quêtant la rose dans mon jardin
Un noble coeur
Accroché au firmament, un matin
Encore dans ses voiles.
Cherche un roc fidèle sous mes seuls pieds
Solitaire mais pas de pierre
Cherche doux et bon, solide mais fragile
Pensées à suivre, matière pour me nourrir
Espaces à rêver.

Cherche Muse nouvelle, pour poésie à inventer.



2009