Avant que de partir je me lègue à moi-même/Pour faire de ce site un asile hanté./Heureux qui comme moi, pressent dans ce qu'il aime/ La forme et la couleur de son éternité. Germaine Beaumont

Epiphanie













Je sais que tout s'éteint
que tout meurt simplement.
Des braises aux cendres
entre les deux, y a t'il eu un feu?
J'ai vécu sans cesse
mon épiphanie
alors j'ai précédé la mort
en évitant la Vie.
J'avais peur de mon coeur
ma tête ne voulait blesser personne.
Je sais que tout s'éteint
mais que rien ne finit
si on porte en soi la lumière.
Le silence pèse sur mes épaules
ce n'est pas celui des chapelles
c'est celui des tombes,
il sent l'obscurité.
Mais je vois de plus en plus clair
cette agonie n'est pas la mienne.
Je m'ébroue
de ma nuque dégringole ta nuit,
le soleil est juste derrière.
Je laisse la porte ouverte
-jamais elle ne fut close-
et calme comme une rose
attends mon matin.



2019

Nuages







Les nuages du jour ressemblent à des barques à fond plat.
Ils dérivent lentement
sur une eau invisible où nous sommes, tout au fond
poissons envasés...

Les nuages c'est tellement beau
qu'on croirait que c'est faux.


2013

Jardin des délices





Cauchemar, cauchemar,
noirceur humaine, crimes
assez dans ma tête des horreurs
pourquoi ne pas rêver

chevaucher ton éperon violet dans le soir prune
et or
te boire par l'univers tout entier
de ma peau
t'embrasser, te lécher
à te dissoudre homme de sel,
t'embrasser encore boire sur tes lèvres
ton eau, ta chair
la presser sur mes seins
dans ton dos mes deux mains
et peu à peu toute à toi fusionnée
soulevée
par tes reins vers un ciel
si haut qu'insoupçonné!

Cauchemar, cauchemar
crimes sans fin, violence des hommes,
enfer sur Terre
j'en veux tout effacer
et que ma pensée couchée au sopor
soit à ta brûlure réfugiée.


2013   
Gustav Almestal

Floraison






Hâte-toi mon coeur,
hâte-toi de vivre!

Car il est bientôt l'heure.
Ma carcasse épuisée ne tiendra plus longtemps
le siège du sang et des humeurs.

Hâte-toi mon coeur,
hâte-toi de t'ouvrir!

De fendre ta coque défensive
sous la poussée de l'amande d'un ultime printemps.
Laisse ton fruit mûrir, s'offrir, souffrir
tout en restant la fleur
que tu es au-dedans.
Hâte-toi mon coeur,
mon brave petit coeur.
De te donner sans plus de contrepartie
que la gran'joie d'aimer.

Hâte-toi mon coeur,
dépêche-toi, ne retiens pas, ne compte plus,
d'ailleurs, tu n'as jamais su!

Hâte-toi petite bête
et cesse d'avoir peur.
Ouvre les portes et les fenêtres,
renverse tous les murs qui te gardent et te guettent,
et qu'importe qu'ils te pillent,
tu auras eu au moins quelque utilité :
celle de nourrir un temps, les oiseaux passagers.

Ne te noie plus d'amertume, tarit cette clepsydre,
n'espère plus rien de l'autre aussi seul que toi,
aussi aveugle que toi.
N'attends plus que le vent
et sa douce caresse : il est ton seul amant.


2008

Dînette




Petit visage d’enfant, minuscule sagette,
Rosi par les cris, le jeu, la joie
Éclairé par deux gouttes bleues
Où si souvent je me jette
Et de bonheur me noie,
Petit visage, le poème d’Eléa
Qui dit la vie simple, le doux plaisir d’être là
Dans un grand sourire ouvert
Sur de petites dents de chat.

Enfance, merveilleuse enfance
Trésor à chérir, avec sa dinette
Dans la cabane de bois, ses déjeuners d’herbe
Et de pâquerettes
Ses cafés pour semblant, ses ballons rouges,
Et tous ces rires dont on se souviendra, demain
Tout au fond des tempêtes.

Mais pour l’heure, la joie rose d’Eléa
Fait fi des futures tempêtes
Dans un éclat de rire tout blanc,
De petites dents de chat.


2009

Accordée







Il m'écoute chanter l'amour
sans angoisse,
il sourit, il est calme en son coeur.
Il sait que ma peau est à lui
mon sang, ma sueur,
mes rires d'oiseau moqueur,
ma fourrure, sinon ma plume.

Il devine ma tête de pigeon voyageur
qui vole loin de lui
vers des mers intérieures,
des terres où il n'est pas seigneur,
où d'autres parfois m'appellent
et me retiennent.
Mais il  sait aussi que je reviendrai toujours
puisque tout contre lui,
mes racines demeurent.

Son intuition lui dit
qu'aucun autre jamais n'aura de bras
pour mes peurs.
Et même s'il me sent troublée par des mots
des baisers d'ailleurs,
il est à mon âme de lierre
le chêne compagnon, pour monter vers la lumière
mon essentiel tuteur...


2015

La chanson d'Eurydice








Orphée...

Puisque les serpents menacent
Et qu’il ne nous est pas permis de nous aimer
Hors des enfers.
Pour échapper aux regards questeurs des vivants
Et des ombres,
Je t’aimerai à leur insu,
Dans tous les angles morts.

Je te ferai des signes, te frôlerai par l’herbe
Et la branche d’un printemps
Presque nue.
Je serai la chaleur du midi
Sur ta joue, une abeille en grève de pollen
Un papillon émotif, une fleur, un parfum.
Tout ce qui est doux en ce monde
Tout ce qui fait du bien,
Ce sera moi pour toi.

Ecoute! Sois tout entier dans la présence
Et mon chant silencieux qui questionne l’espace
Te portera mon amour mieux que ma voix.

 2015

Moissons funèbres







Un déluge de métal brûlant
a zébré de feu la joie des retrouvailles,
fait dégringolé des chaises les sourires,
les beaux regards clairs.

Des sillons ouverts dans les chairs
on a vu surgir
des fleurs écarlates vivantes,
liquides,
au parfum de fer.

Du terreau des corps enchevêtrés est monté
comme un brouillard, une exhalaison,
le fantôme des vies arrachées.

C'étaient deux soeurs que pleure un père,
qu'une mort indifférente a moissonné
dans leur blé en herbe.


2015



...Après les attentats.

Venise





Ô mon coeur, trésor, ma vie
s'écoule empruntant les canaux
de ton regard de mousse verdi.
Je tangue et gondole autour des roses
de ton torse, ce palais d’ocre que le soleil
a doucement tendri.
Je t'ÂME de toute mon aime.
Je viole à toutes gambes, m'élève
m'envoile où souffle ton nom
et du coup, me gonfle comme un gonfalon.
Je suis pomme à paumes, les tiennes
accueillantes à chère tendre et si chaudes
que je compote à glouglous radieux.
Oui, je t’âme mon grand canaille
Dessus dessous je ne suis plus qu’un pont
Et des  soupirs.


2017

Tu étais en vie







Tu pars il fait nuit.
Tu rentres il fait nuit.

Tout ton jour dans la pénombre
tu as veillé une machine
qui frappe lourdement du métal,
oubliant que par-delà les murs noirs
il y a le soleil. Ou la pluie.

Homme-outil, variable économique
courbé par le mépris et les cris
de supérieurs absurdes, écrasé
jusqu'à marcher derrière ta propre vie.

Ta vie qui se déroule sans choc, sans bruit
entre deux rails où tu somnoles
-l'index et le majeur des voleurs -
confisquée à ton insu.


2018